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Chefs de guerre

Qui était Bertrand du Guesclin ?

Connétable de France · 1320-1380

Dernière mise à jour : 18 juin 2026

Fils cadet d'une famille bretonne de petite noblesse, Bertrand du Guesclin compense une laideur légendaire et une naissance modeste par une valeur martiale exceptionnelle et une intelligence tactique qui en font le champion de la reconquête française pendant la guerre de Cent Ans.

Nommé connétable de France par Charles V en 1370, il adopte une stratégie d'évitement et de harcèlement qui épuise les Anglais sans jamais les affronter en rase campagne, reconquérant méthodiquement la quasi-totalité des territoires perdus depuis Poitiers. Sa mort lors du siège de Châteauneuf-de-Randon en 1380 est saluée par ses ennemis eux-mêmes, qui déposent les clés de la ville sur son cercueil.

🎲 Anecdote

Du Guesclin était si laid que, selon la chronique, sa propre mère l'avait rejeté à sa naissance. Il en souffrit toute sa jeunesse avant de faire de cette réputation un atout : ses ennemis, qui le sous-estimaient pour son apparence, découvraient trop tard que le "vilain petit Breton" était le combattant le plus dangereux de son siècle.

Source : Radio France

10 Questions qu'on se pose sur Bertrand du Guesclin

D'où vient Bertrand du Guesclin ?

Bertrand du Guesclin naît vers 1320 dans une famille de petite noblesse bretonne, à La Motte-Broons, près de Dinan. Fils cadet d'un seigneur modeste, il ne peut prétendre à aucun héritage important et doit tout bâtir sur sa seule valeur militaire. Les chroniques rapportent qu'il était d'une laideur repoussante — « le plus laid et le moins gracieux des petits enfants de France » selon Cuvelier — ce qui lui valut d'être rejeté par sa propre mère à sa naissance.

Qu'est-ce qui a inspiré Bertrand du Guesclin ?

L'humiliation nationale que représente la captivité du roi Jean II après la défaite de Poitiers en 1356 forge sa vocation. Dans un royaume où la chevalerie française vient de s'effondrer face aux archers anglais, du Guesclin comprend très tôt qu'il faut une stratégie radicalement différente — moins de panache et d'affrontements en rase campagne, plus de ruse, de guérilla et de tactique d'usure. Son ascension est celle d'un homme qui gagne là où les nobles de sang ont échoué.

Quel a été le plus grand accomplissement de Bertrand du Guesclin ?

Sa nomination comme connétable de France par Charles V en 1370 — la plus haute charge militaire du royaume, confiée à un homme de basse extraction — est déjà un accomplissement historique. Mais son œuvre principale est la reconquête méthodique des territoires perdus lors du traité de Brétigny (1360), qui avait cédé à l'Angleterre un tiers de la France. En moins de dix ans, sans jamais livrer de grande bataille, il repousse les Anglais et redresse un royaume qui semblait perdu.

Quels obstacles Bertrand du Guesclin a-t-il dû surmonter ?

Sa naissance modeste et son physique ingrat sont ses premiers obstacles, dans une société médiévale où la noblesse de sang compte énormément. Il a été fait prisonnier à deux reprises — par les Anglais à Nájera en 1367, puis par Charles le Mauvais de Navarre. Sa mise à rançon lors de la première captivité est légendaire : interrogé par le Prince Noir sur la somme à fixer, il propose lui-même 100 000 francs, certain que la France entière cotiserait pour le libérer — et il a raison.

Quel était son caractère au quotidien ?

Les chroniques le dépeignent comme un homme direct, sans façons, proche de ses soldats, préférant leur compagnie aux fastes de la cour. Son côté « capitaine du peuple » — mangeur, buveur, railleur, loin des raffinements des chevaliers de haut rang — en fait une figure populaire exceptionnelle. Sa relation avec ses hommes repose sur la confiance : il ne les envoie jamais au massacre inutile et leur explique ses plans, ce qui est rarissime dans la guerre médiévale.

Quelle a été la plus grande controverse concernant Bertrand du Guesclin ?

Son expédition en Castille (1365-1369) est l'épisode le plus controversé de sa carrière. Pour débarrasser la France des Grandes Compagnies — ces bandes de mercenaires sans emploi qui pillaient le royaume — il les entraîne en Espagne pour y combattre en faveur d'Henri de Trastamare contre Pierre Ier le Cruel. Cette entreprise, présentée comme une croisade, est avant tout un débarras opportuniste : du Guesclin exporte la violence intérieure française pour résoudre un problème de sécurité intérieure.

Quelle fut la vie familiale de Bertrand du Guesclin ?

Il épouse en premières noces Tiphaine Raguenel, une noble bretonne lettrée et réputée pour ses connaissances en astrologie, vers 1361. C'est un mariage tardif et manifestement affectueux. Tiphaine meurt en 1371 et du Guesclin se remarie avec Jeanne de Laval en 1373, une femme de haute noblesse dont le nom valorise son propre prestige social. Il n'a pas d'enfant connu, ayant consacré sa vie entière à la guerre et à la défense du royaume.

Quelle est la part du mythe dans la vie de Bertrand du Guesclin ?

La légende médiévale en a fait le chevalier parfait, la réincarnation de toutes les vertus chevaleresques — courageux, loyal, humble malgré ses victoires. La réalité est plus nuancée : du Guesclin savait jouer de sa réputation populaire avec une habileté politique certaine, et ses méthodes en Castille ou dans le traitement des Grandes Compagnies étaient loin de la pureté morale que lui prêtent ses hagiographes. Son génie est réel, mais il opère dans le monde brutal des condottières du XIVe siècle.

Que reste-t-il de Bertrand du Guesclin aujourd'hui ?

Il repose à la basilique Saint-Denis, aux côtés des rois de France, honneur rarissime pour un homme de sa naissance. Sa tombe, construite par Charles V lui-même, témoigne de la reconnaissance royale pour celui qui avait sauvé le trône capétien. La ville de Dinan en Bretagne, où il fit ses armes lors de ses premiers tournois, célèbre encore chaque été un festival médiéval en son honneur, perpétuant la mémoire du plus célèbre connétable de l'histoire de France.

Quelles sont les circonstances de la mort de Bertrand du Guesclin ?

Bertrand du Guesclin meurt le 13 juillet 1380 devant les murs de Châteauneuf-de-Randon, une place forte du Gévaudan qu'il assiégeait. Frappé par une fièvre contractée lors d'un siège épuisant sous la chaleur de l'été, il s'éteint avant la reddition de la place. Dans un geste de respect extraordinaire, le commandant de la garnison vient déposer les clés de la ville sur son cercueil — hommage d'un ennemi à un adversaire hors du commun, dernier tribut à son génie militaire.

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