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Qui était Adolphe Thiers ?
Président de la République · 1797-1877
Dernière mise à jour : 18 juin 2026
Historien prolifique avant d'être homme d'État, Adolphe Thiers traverse tout le XIXe siècle politique français — monarchie de Juillet, Deuxième République, Second Empire — avant de devenir à 74 ans le premier président de la Troisième République, chargé de relever une France humiliée par la défaite prussienne de 1870.
C'est lui qui négocie avec Bismarck les conditions de paix désastreuses — perte de l'Alsace-Lorraine, cinq milliards de francs de rançon — et qui réprime dans le sang la Commune de Paris en mai 1871, faisant tirer sur les Communards avec une férocité qui lui vaut le surnom de "Versaillais". Paradoxe d'un homme qui fut libéral sous les régimes autoritaires et conservateur sous la République, il reste la figure fondatrice d'un régime qu'il n'aimait guère mais qu'il consolida par défaut.
🎲 Anecdote
Thiers était si petit — moins d'un mètre soixante — que ses adversaires politiques en firent une cible permanente de railleries, Victor Hugo le surnommant "Monsieur Thiers" avec un mépris à peine voilé. Gambetta, plus cruel encore, disait de lui qu'il était "le plus grand homme de province de France" — formule assassine pour quelqu'un qui se voulait l'homme d'État de toute une nation.
10 Questions qu'on se pose sur Adolphe Thiers
D'où vient Adolphe Thiers ?
Adolphe Thiers naît en 1797 à Marseille dans une famille modeste — son père était un artisan peu présent, sa mère issue d'un milieu de petits commerçants. C'est grâce à une bourse qu'il peut faire des études de droit à Aix-en-Provence, avant de monter à Paris en 1821 avec pour seul bagage son ambition et une plume déjà acérée.
Qu'est-ce qui a inspiré Adolphe Thiers ?
Le jeune Thiers arrive à Paris fasciné par Napoléon, dont il entreprend dès 1823 une monumentale Histoire de la Révolution française, puis une Histoire du Consulat et de l'Empire en dix volumes. L'histoire n'est pas pour lui une fin en soi : elle est son tremplin pour comprendre le pouvoir et, bientôt, l'exercer.
Quel a été le plus grand accomplissement de Thiers ?
Dans un pays en ruine après la défaite de 1870, il réussit le tour de force de payer en deux ans seulement les cinq milliards de francs imposés par Bismarck, libérant ainsi le territoire national de l'occupation prussienne bien avant les délais prévus. Il pose aussi les bases de la Troisième République qui durera soixante-dix ans, alors même qu'il préférait la monarchie constitutionnelle.
Quels obstacles Thiers a-t-il dû surmonter ?
Il traverse avec opportunisme toutes les tempêtes politiques du XIXe siècle : la censure sous la Restauration, l'opposition à Louis-Napoléon qui l'envoie en prison puis en exil en 1851, et la guerre de 1870 qui lui laisse en héritage une France amputée et humiliée. Son âge même — 74 ans à son élection — était un défi quotidien pour qui devait rebâtir un État.
Quel était son caractère au quotidien ?
Ses contemporains décrivent un homme d'une énergie stupéfiante, travailleur infatigable et grand parleur, capable de tenir en haleine une table de dîner pendant des heures. Il était aussi vaniteux, susceptible et peu enclin à supporter la contradiction — qualités et défauts qui lui attirèrent autant d'admirateurs que d'ennemis féroces.
Quelle a été la plus grande controverse concernant Thiers ?
La répression de la Commune de Paris en mai 1871 reste le point le plus noir de son bilan. Sous ses ordres, les troupes versaillaises écrasent l'insurrection en une « Semaine sanglante » qui fait entre 10 000 et 30 000 morts, dont beaucoup d'exécutions sommaires. Si Thiers voyait là un acte de rétablissement de l'ordre indispensable, la gauche française ne lui pardonnera jamais ce bain de sang.
Quelle fut la vie familiale de Thiers ?
Il épouse en 1833 Élise Dosne, fille de sa maîtresse et de bien plus de vingt ans sa cadette — union singulière, arrangée par sa mère Madeleine, qui l'accompagne toute sa vie dans un ménage à trois très bourgeois. Sa belle-mère et sa femme vivent sous le même toit et gèrent ensemble sa carrière et ses finances avec une efficacité remarquable. Le couple n'aura pas d'enfant.
Quelle est la part du mythe dans la vie de Thiers ?
On présente souvent Thiers comme le « père de la République », mais c'est largement une construction posthume : il s'est battu toute sa vie pour une monarchie constitutionnelle à l'anglaise, et n'a accepté la République que faute de prétendant monarchiste crédible. Sa statue de « fondateur » repose sur un pragmatisme opportuniste bien plus que sur une conviction républicaine de principe.
Que reste-t-il de Thiers aujourd'hui ?
Son nom reste attaché à l'enceinte fortifiée dite « mur Thiers » construite sous sa direction pour défendre Paris, dont le tracé correspond aujourd'hui aux boulevards des Maréchaux. Sa bibliothèque personnelle, léguée à l'Institut de France, est encore consultée par les historiens. C'est surtout la Troisième République, ce régime qu'il avait voulu provisoire, qui reste son monument le plus durable.
Quelles sont les circonstances de la mort de Thiers ?
Adolphe Thiers meurt le 3 septembre 1877 à Saint-Germain-en-Laye, d'une attaque d'apoplexie foudroyante à l'âge de 80 ans, en pleine crise institutionnelle opposant le président Mac-Mahon aux républicains. Il était encore pleinement actif en politique jusqu'aux derniers jours, combattant pour la cause républicaine avec une verve intacte.


