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Qui était Robert Badinter ?
Homme d'État · 1928-2024
Dernière mise à jour : 10 août 2026
Avocat pénaliste réputé, marqué très jeune par la déportation de son père mort à Sobibor, il consacre une partie de sa carrière à défendre des accusés risquant la peine capitale, dont certains sont guillotinés malgré ses efforts, une expérience qui forge durablement son combat abolitionniste.
Nommé garde des Sceaux par François Mitterrand en 1981, il porte devant l'Assemblée nationale, dès septembre de la même année, le projet de loi abolissant la peine de mort en France, défendu par un discours resté célèbre. Il préside ensuite pendant près de dix ans le Conseil constitutionnel, veillant au respect des libertés fondamentales inscrites dans la Constitution.
🎲 Anecdote
son discours du 17 septembre 1981 devant l'Assemblée nationale, où il dénonce une justice qui « tue » au nom du peuple, reste l'un des moments les plus marquants de l'histoire parlementaire française, salué par une ovation debout après son vote.
10 Questions qu'on se pose sur Robert Badinter
D'où vient Robert Badinter ?
Il naît le 30 mars 1928 à Paris, dans une famille juive originaire de Bessarabie installée en France. Son père, Simon Badinter, dirige une petite entreprise de fourrures ; arrêté en 1943 et déporté vers le camp d'extermination de Sobibor, il n'en revient jamais, un drame fondateur qui marque durablement le jeune Robert, contraint de vivre caché avec sa famille jusqu'à la Libération.
Qu'est-ce qui a inspiré Robert Badinter ?
Devenu avocat, il est bouleversé par l'exécution de Roger Bontems en 1972, guillotiné malgré son rôle secondaire dans un meurtre commis par le codétenu qu'il défendait aux côtés de lui - un échec qui le convainc de consacrer désormais son énergie au combat contre la peine capitale. Il triomphe cinq ans plus tard en sauvant de l'échafaud Patrick Henry, dont le procès retentissant de 1977 marque un tournant dans l'opinion publique française.
Quel a été le plus grand accomplissement de Robert Badinter ?
Nommé garde des Sceaux en 1981, il porte devant l'Assemblée nationale le projet de loi abolissant la peine de mort, adopté le 18 septembre de la même année après un discours resté célèbre. Cette victoire, obtenue alors qu'une majorité de Français y restait hostile, fait de lui le symbole absolu du combat pour les droits de l'homme en France.
Quels obstacles Robert Badinter a-t-il dû surmonter ?
Il doit convaincre une opinion publique majoritairement favorable au maintien de la peine de mort, choquée par plusieurs faits divers sanglants de la fin des années 1970. Une partie de la classe politique et de la presse l'accuse alors de laxisme judiciaire, tandis que les familles de victimes de ses clients les plus célèbres lui vouent une hostilité durable.
Quel était son caractère au quotidien ?
Ses proches décrivent un homme d'une grande rigueur intellectuelle, orateur redouté au sens de la formule, capable de tenir seul face à un hémicycle hostile. Habité par une conviction humaniste inébranlable héritée du drame de son père, il conserve toute sa vie une gravité et une élégance qui imposent le respect, y compris chez ses adversaires politiques.
Quelle a été la plus grande controverse concernant Robert Badinter ?
Sa défense d'accusés de crimes odieux, comme le meurtrier d'enfant Patrick Henry, lui vaut des années durant une impopularité tenace et des menaces, une partie du public estimant qu'il défendait davantage ses idées que la justice. L'abolition de la peine de mort elle-même, votée alors que les sondages indiquaient une large majorité de Français hostiles à cette mesure, reste discutée par ceux qui jugent le choix éloigné de la volonté populaire de l'époque.
Quelle fut la vie familiale de Robert Badinter ?
Il épouse en 1966 la philosophe et essayiste Élisabeth Badinter, héritière du groupe Publicis, avec qui il a plusieurs enfants. Le couple, engagé chacun dans son domaine - le droit pour lui, la pensée féministe pour elle -, forme l'un des couples intellectuels les plus en vue de la France de la seconde moitié du XXe siècle.
Quelle est la part du mythe dans la vie de Robert Badinter ?
On le réduit souvent au seul rôle de « père de l'abolition de la peine de mort », occultant une carrière plus large consacrée à la réforme du droit pénal, à la dépénalisation de l'homosexualité en 1982 ou à la présidence de la commission d'arbitrage sur l'ex-Yougoslavie. L'image d'un vote consensuel masque aussi la réalité d'un combat mené à contre-courant d'une opinion publique majoritairement hostile en 1981.
Que reste-t-il de Robert Badinter aujourd'hui ?
Son nom demeure indissociable du combat abolitionniste, célébré comme l'un des textes fondateurs des droits de l'homme dans la France contemporaine. Ses cendres sont transférées au Panthéon en octobre 2025, où il rejoint les grandes figures de la nation, consacrant définitivement sa place dans la mémoire collective.
Quelles sont les circonstances de la mort de Robert Badinter ?
Il meurt le 9 février 2024 à Paris, à l'âge de 95 ans, après une vie entièrement consacrée au droit et aux droits de l'homme. Sa disparition suscite un hommage national unanime, saluant l'homme qui avait su faire triompher ses convictions contre l'opinion majoritaire de son temps.





