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Qui était Jean Racine ?

Dramaturge · 1639-1699

Dernière mise à jour : 19 août 2026

Orphelin élevé par les religieuses jansénistes de Port-Royal, il reçoit une éducation classique exceptionnelle qui imprègne durablement son écriture, avant de rompre temporairement avec ce milieu austère pour se consacrer au théâtre.

Il s'impose dès les années 1660-1670 comme le grand rival de Corneille avec des tragédies d'une intensité psychologique inégalée — Andromaque, Britannicus, Bérénice puis Phèdre — construites sur la fatalité et la violence des passions amoureuses. Au sommet de sa gloire, il abandonne pourtant brutalement le théâtre profane vers 1677 pour devenir historiographe officiel du roi Louis XIV, se réconciliant avec ses racines jansénistes.

🎲 Anecdote

il revient exceptionnellement à l'écriture dramatique sur la demande de Madame de Maintenon, composant Esther puis Athalie pour les jeunes filles de la maison d'éducation de Saint-Cyr, deux œuvres inspirées de sujets bibliques.

Source : Les grands dossiers de l'Histoire (Franck Ferrand)

10 Questions qu'on se pose sur Jean Racine

D'où vient Jean Racine ?

Orphelin de mère dès 1641 puis de père en 1643, il est élevé par sa grand-mère avant d'être confié aux Petites Écoles de Port-Royal-des-Champs, foyer intellectuel du jansénisme. Il y reçoit une éducation classique exceptionnelle, immergé dans le grec et le latin, qui façonne durablement l'exigence et la rigueur de son écriture. Ce milieu religieux austère, qu'il quittera puis retrouvera à la fin de sa vie, imprègne toute sa vision tragique de l'existence.

Qu'est-ce qui a inspiré Jean Racine ?

Après des études de théologie à Port-Royal, il rompt avec ce milieu janséniste pour tenter sa chance dans le théâtre parisien, alors dominé par Corneille. La découverte des tragédies grecques, Euripide en tête, lui fournit un modèle de fatalité et de passion qu'il transpose dans une langue française d'une pureté inédite. Sa rivalité avec Corneille, entretenue par les cercles littéraires du temps, aiguise son ambition de proposer une tragédie plus intime, centrée sur la déraison amoureuse.

Quel a été le plus grand accomplissement de Jean Racine ?

En une quinzaine d'années, de 1664 à 1677, il compose une série de tragédies parmi les plus jouées du répertoire français : Andromaque, Britannicus, Bérénice, puis Phèdre en 1677, sommet absolu de son art. Il y invente une tragédie centrée non plus sur l'action extérieure mais sur le déchirement intérieur des personnages, emportés malgré eux par leurs passions. Cette œuvre impose durablement le vers racinien, d'une économie et d'une musicalité que la langue française n'avait jamais atteintes.

Quels obstacles Jean Racine a-t-il dû surmonter ?

La cabale montée autour de la création de Phèdre en 1677, où des rivaux font jouer une pièce concurrente sur le même sujet le même jour pour saboter son succès, l'affecte profondément et précipite son retrait du théâtre profane. Il doit aussi composer toute sa carrière avec la rivalité tenace de Pierre Corneille, dont le prestige installé complique ses débuts. Sa réconciliation tardive avec le jansénisme de Port-Royal, qu'il avait renié dans sa jeunesse, exige de lui une reconquête morale et spirituelle éprouvante.

Quel était son caractère au quotidien ?

Ses contemporains le décrivent comme un homme raffiné, courtisan habile mais aussi ombrageux, capable d'une grande susceptibilité face à la critique. Sa conversion de vie en 1677, où il abandonne subitement le théâtre pour devenir historiographe du roi aux côtés de Boileau, révèle une personnalité tourmentée par des scrupules religieux profonds. Il conserve toute sa vie une piété exigeante héritée de Port-Royal, en tension permanente avec son goût pour les honneurs de la cour.

Quelle a été la plus grande controverse concernant Jean Racine ?

Sa liaison tumultueuse avec l'actrice Thérèse Du Parc, puis avec la Champmeslé, interprète vedette de ses tragédies, nourrit les rumeurs sur sa vie privée, en contradiction frappante avec sa piété affichée. La mort suspecte de Thérèse Du Parc en 1668, que certains attribuent sans preuve à un empoisonnement lié à l'affaire des Poisons, l'éclabousse durablement. Son abandon brutal du théâtre en 1677, jamais totalement expliqué, alimente encore aujourd'hui les hypothèses des historiens, entre crise mystique sincère et calcul de carrière.

Quelle fut la vie familiale de Jean Racine ?

Il épouse en 1677 Catherine de Romanet, une femme pieuse et étrangère au monde du théâtre, avec laquelle il a sept enfants. Ce mariage marque une rupture nette avec sa vie antérieure d'auteur dramatique courtisé par les comédiennes, et l'installe dans une existence bourgeoise rangée. Sa fille Anne racontera plus tard les dernières années de son père, tiraillé entre son service du roi et son désir de retraite spirituelle à Port-Royal.

Quelle est la part du mythe dans la vie de Jean Racine ?

On oppose souvent trop simplement Racine, poète de la passion et de l'intime, à Corneille, poète de l'héroïsme, alors que les deux auteurs ont partagé le même public et parfois les mêmes sujets. Son retrait du théâtre en 1677 est souvent présenté comme un renoncement mystique total, alors qu'il continue d'écrire pour la scène avec Esther puis Athalie, à la demande de Madame de Maintenon. La légende d'un Racine exclusivement janséniste occulte aussi les années où il mena une vie de courtisan et d'amant assumé.

Que reste-t-il de Jean Racine aujourd'hui ?

Phèdre, Andromaque et Britannicus demeurent parmi les pièces les plus enseignées et les plus jouées du répertoire classique français, étudiées dans tous les cursus scolaires. Son alexandrin, d'une clarté et d'une tension dramatique incomparables, reste une référence absolue de la langue française classique. Il est considéré, avec Corneille et Molière, comme l'un des trois piliers du théâtre classique du XVIIe siècle.

Quelles sont les circonstances de la mort de Jean Racine ?

Rongé par une maladie du foie diagnostiquée tardivement, il s'éteint le 21 avril 1699 à Paris, quelques années seulement après avoir composé Athalie, son dernier chef-d'œuvre dramatique. Fidèle à ses convictions jansénistes retrouvées, il demande à être enterré à Port-Royal-des-Champs, aux pieds de son maître spirituel. Lorsque l'abbaye est détruite sur ordre royal en 1711, ses restes sont transférés à Paris, en l'église Saint-Étienne-du-Mont, où ils reposent aujourd'hui près de ceux de Blaise Pascal.

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