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Qui était Jean-Paul Sartre ?
Philosophe et écrivain · 1905-1980
Dernière mise à jour : 4 septembre 2026
Jean-Paul Sartre naît en 1905 à Paris, orphelin de père dès sa première année et élevé par sa mère et son grand-père maternel, le linguiste Charles Schweitzer, dans un milieu bourgeois cultivé.
Agrégé de philosophie, il fonde avec L'Être et le Néant (1943) l'existentialisme français, selon lequel l'homme, condamné à être libre, se définit par ses choix plutôt que par une nature donnée d'avance. Romancier (La Nausée), dramaturge (Huis clos) et essayiste engagé, il devient la figure intellectuelle dominante de l'après-guerre à Saint-Germain-des-Prés, aux côtés de Simone de Beauvoir.
🎲 Anecdote
En 1964, Sartre refuse le prix Nobel de littérature, jugeant qu'un écrivain ne doit jamais se laisser transformer en institution — un geste resté unique dans l'histoire du prix, qu'il tenta ensuite d'expliquer sans jamais renier.
10 Questions qu'on se pose sur Jean-Paul Sartre
D'où vient Jean-Paul Sartre ?
Jean-Paul Sartre naît le 21 juin 1905 à Paris, dans une famille bourgeoise cultivée. Son père, officier de marine, meurt alors qu'il n'a qu'un an, et il grandit auprès de sa mère et de son grand-père maternel, Charles Schweitzer, professeur d'allemand féru de littérature et oncle du docteur Albert Schweitzer. Cette enfance sans père, choyée mais solitaire, au milieu des livres de la bibliothèque familiale, forge très tôt son rapport intense à l'écriture.
Qu'est-ce qui a inspiré Jean-Paul Sartre ?
Sa découverte de la phénoménologie allemande, notamment Husserl et Heidegger, lors d'un séjour à l'Institut français de Berlin en 1933-1934, bouleverse sa manière de penser la conscience et la liberté humaine. Sa rencontre avec Simone de Beauvoir à la Sorbonne en 1929, avec qui il noue un compagnonnage intellectuel et amoureux qui durera toute sa vie, joue aussi un rôle décisif. L'expérience de la captivité comme prisonnier de guerre en 1940 achève de le tourner vers un engagement politique et philosophique radical.
Quel a été le plus grand accomplissement de Jean-Paul Sartre ?
La publication de L'Être et le Néant en 1943 fonde l'existentialisme français en posant que l'existence précède l'essence : l'homme n'a pas de nature fixée d'avance, il se construit par ses choix et porte l'entière responsabilité de sa liberté. Cette philosophie irrigue aussi bien ses romans, comme La Nausée, que son théâtre, comme Huis clos et sa fameuse formule « l'enfer, c'est les autres ». Il en fait une pensée accessible bien au-delà des cercles universitaires, incarnée par le personnage de l'intellectuel engagé.
Quels obstacles Jean-Paul Sartre a-t-il dû surmonter ?
Sa captivité de neuf mois comme prisonnier de guerre en Allemagne en 1940-1941 le confronte directement aux réalités du nazisme, qu'il combat ensuite dans la Résistance intellectuelle. Son engagement politique tumultueux, notamment son compagnonnage critique avec le communisme après-guerre, lui vaut des ruptures retentissantes, en particulier avec Albert Camus en 1952 sur la question du stalinisme. Il doit aussi composer avec une vue très diminuée dès l'enfance, presque aveugle d'un œil, qui ne l'empêche pas d'écrire une œuvre considérable.
Quel était son caractère au quotidien ?
Ses proches le décrivent comme d'une disponibilité intellectuelle constante, capable d'écrire des heures durant dans les cafés de Saint-Germain-des-Prés, au Flore ou aux Deux Magots, entouré d'amis et de disciples. Chaleureux et généreux financièrement, il distribue volontiers ses droits d'auteur à des causes ou des proches dans le besoin. Grand travailleur stimulé par les amphétamines dans ses dernières décennies, il mène de front écriture philosophique, théâtre, journalisme engagé et vie militante.
Quelle a été la plus grande controverse concernant Jean-Paul Sartre ?
Son soutien prolongé à l'Union soviétique puis à d'autres régimes communistes, malgré la répression du soulèvement de Budapest en 1956, lui vaut d'être accusé d'aveuglement idéologique par nombre de ses contemporains, dont Raymond Aron. Sa rupture publique avec Camus en 1952, après une critique de L'Homme révolté dans Les Temps modernes, choque une partie de l'intelligentsia parisienne. Son refus du prix Nobel de littérature en 1964, motivé par le refus de toute « institutionnalisation » de l'écrivain, est perçu par certains comme un geste calculé plutôt que par pure conviction.
Quelle fut la vie familiale de Jean-Paul Sartre ?
Sartre ne se marie jamais et n'a pas d'enfant, mais entretient avec Simone de Beauvoir un compagnonnage libre de plus de cinquante ans, fondé sur un pacte de transparence et d'indépendance amoureuse assumée. Le couple multiplie les liaisons parallèles, certaines partagées avec de jeunes admiratrices, dans un mode de vie qui défie les conventions bourgeoises de l'époque. Il adopte sur le tard sa compagne Arlette Elkaïm, qui devient sa légataire universelle et l'éditrice de ses œuvres posthumes.
Quelle est la part du mythe dans la vie de Jean-Paul Sartre ?
L'image de l'intellectuel omniscient, arbitre des grandes causes de son temps, tend à effacer les nombreux revirements politiques réels de Sartre, de son soutien critique à l'URSS jusqu'à ses positions plus tardives proches du maoïsme. Sa liaison avec Beauvoir a souvent été idéalisée en modèle de couple libre égalitaire, alors que les mémoires et correspondances publiées après sa mort révèlent des rapports de pouvoir et des souffrances bien réels de part et d'autre. Le refus du Nobel, présenté comme un acte de pure intégrité, a aussi été plus prosaïquement lié à des tensions personnelles avec l'Académie suédoise et le contexte de la guerre froide culturelle.
Que reste-t-il de Jean-Paul Sartre aujourd'hui ?
L'existentialisme sartrien continue d'irriguer la philosophie contemporaine autour des questions de liberté, de responsabilité individuelle et d'engagement politique de l'intellectuel. Ses pièces, notamment Huis clos, restent régulièrement montées et sa formule « l'enfer, c'est les autres » est passée dans le langage courant. Le café de Flore et les Deux Magots, où il a longtemps travaillé, demeurent des lieux emblématiques de la vie intellectuelle parisienne associés à son souvenir.
Quelles sont les circonstances de la mort de Jean-Paul Sartre ?
Jean-Paul Sartre meurt le 15 avril 1980 à Paris, à 74 ans, des suites d'un œdème pulmonaire, après des années de santé déclinante et une quasi-cécité totale qui l'empêchait d'écrire par lui-même depuis le milieu des années 1970. Ses obsèques rassemblent une foule immense, estimée à plus de 50 000 personnes accompagnant son cortège dans les rues de Paris jusqu'au cimetière du Montparnasse. Cet hommage populaire spontané confirme, au-delà des polémiques politiques, la place unique qu'il occupait dans la vie intellectuelle française.





