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"De Crécy à la Saint-Barthélemy, deux siècles et demi de guerres, de gloire et de Renaissance..."
En 1328, la mort de Charles IV le Bel sans héritier mâle éteint la branche aînée des Capétiens directs. Les grands du royaume écartent Édouard III d'Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, au nom d'une coutume qui deviendra la loi salique, et couronnent à sa place un cousin issu d'une branche cadette : Philippe de Valois. Ce choix contesté déclenche la guerre de Cent Ans, qui ouvre le règne de la dynastie des Valois. En deux siècles et demi, cette lignée traverse les pires désastres militaires de l'histoire de France avant de porter la Renaissance à son apogée, puis s'éteint à son tour dans le sang des guerres de Religion.
Philippe VI (1293-1350)
Cousin germain de Charles IV le Bel, Philippe VI est choisi par les grands du royaume au détriment d'Édouard III d'Angleterre. Ce choix, contesté par le roi anglais qui revendique lui aussi la couronne de France, déclenche en 1337 la guerre de Cent Ans. Son règne accumule les revers militaires, notamment la cuisante défaite de Crécy en 1346 face aux archers anglais, puis subit à partir de 1348 l'arrivée de la peste noire, qui décime jusqu'à un tiers de la population du royaume.
Jean II le Bon (1319-1364)
Fils de Philippe VI, Jean II le Bon monte sur le trône en 1350 en pleine guerre de Cent Ans. Le 19 septembre 1356, à la bataille de Poitiers, il est fait prisonnier par les troupes du Prince Noir, un désastre qui plonge la France dans le chaos politique et les révoltes populaires. Libéré contre une rançon colossale, il retourne pourtant volontairement en captivité en Angleterre lorsque l'un de ses fils, laissé en otage, s'évade — par souci d'honneur chevaleresque — et y meurt en 1364.
Charles V le Sage (1338-1380)
Fils de Jean II le Bon, Charles V dit « le Sage » n'a que dix-huit ans lorsque son père est capturé à Poitiers, le laissant régent d'un royaume en pleine crise, secoué par la révolte parisienne d'Étienne Marcel et la Jacquerie paysanne de 1358. Devenu roi en 1364, trop malade pour combattre lui-même, il confie la reconquête à son connétable Bertrand du Guesclin, qui reprend méthodiquement, sans grande bataille rangée, la quasi-totalité des terres cédées aux Anglais.
Lettré et prudent, Charles V fait aussi construire la Bastille et fonde la bibliothèque royale du Louvre, ancêtre de l'actuelle Bibliothèque nationale de France. Rongé sur son lit de mort par le remords d'avoir tant taxé son peuple pour financer la reconquête, il ordonne en 1380 la suppression de plusieurs impôts impopulaires — un dernier geste de conscience aux conséquences financières lourdes pour son jeune successeur.
Charles VI (1368-1422)
Fils de Charles V, Charles VI monte sur le trône à onze ans sous la régence de ses oncles. D'abord surnommé « le Bien-Aimé », il sombre en 1392 dans des crises de folie récurrentes qui le rendent incapable de gouverner, plongeant le royaume dans la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Le traité de Troyes de 1420 le pousse à déshériter son propre fils au profit du roi d'Angleterre, livrant la France à son plus bas niveau de la guerre de Cent Ans.
Charles VII (1403-1461)
Fils de Charles VI, Charles VII grandit dans l'ombre d'un royaume déchiré par la guerre civile et l'occupation anglaise. Déshérité par le traité de Troyes en 1420, il doit sa légitimité et son sacre à Reims en 1429 à l'intervention décisive de Jeanne d'Arc, qui relance la reconquête française après le siège d'Orléans.
Il achève en 1453 la reconquête du royaume et met fin à la guerre de Cent Ans, ce qui lui vaut le surnom de « Victorieux ». Rongé par la paranoïa envers son propre fils, le futur Louis XI, qu'il soupçonne de vouloir l'empoisonner, il finit sa vie en se laissant mourir de faim en 1461, refusant de s'alimenter.
Louis XI (1423-1483)
Fils de Charles VII, Louis XI, surnommé « l'universelle aragne » pour sa politique tortueuse et ses réseaux d'espions, achève la reconstitution du domaine royal en neutralisant les grands féodaux, notamment son rival Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. Méfiant, secret, habillé comme un bourgeois et méprisant le faste royal, il gouverne depuis ses châteaux du val de Loire sans jamais se montrer en représentation.
Obsédé par la peur d'être assassiné, il dormait rarement deux nuits au même endroit et allait jusqu'à faire enfermer certains de ses ennemis dans des cages de fer suspendues — un supplice qu'il avait lui-même failli subir dans sa jeunesse. Son règne marque le passage définitif de la France médiévale à la France moderne, posant les bases de l'État centralisé.
Charles VIII (1470-1498)
Fils de Louis XI, Charles VIII épouse Anne de Bretagne en 1491, amorçant le rattachement du duché de Bretagne à la couronne. Passionné de chevalerie et de gloire italienne, il lance en 1494 la première des guerres d'Italie et conquiert Naples en quelques mois, avant de devoir rentrer précipitamment en France. Il meurt en 1498 après s'être violemment cogné la tête contre le linteau d'une porte basse en se rendant à une partie de jeu de paume — une fin aussi absurde que banale pour un roi de 27 ans.
Louis XII (1462-1515)
Cousin de Charles VIII qu'il n'était pas destiné à lui succéder, Louis XII monte pourtant sur le trône en 1498 après la mort accidentelle de ce dernier. Il fait annuler son premier mariage pour épouser Anne de Bretagne, veuve de Charles VIII, assurant ainsi le rattachement durable du duché de Bretagne à la couronne. Sa gestion financière prudente, qui allège la pression fiscale sur le royaume, lui vaut de son vivant le surnom de « Père du Peuple ».
François Ier (1494-1547)
Cousin et gendre de Louis XII, François Ier incarne la Renaissance française dans toute sa splendeur : il attire Léonard de Vinci à Amboise, fait construire Chambord et Fontainebleau, fonde le Collège de France et impose le français comme langue officielle par l'ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539. Sa rivalité avec l'empereur Charles Quint structure toute la politique européenne de son règne, alternant guerres d'Italie glorieuses et défaites humiliantes.
Capturé à Pavie en 1525, il écrit à sa mère la phrase célèbre « Tout est perdu fors l'honneur ». Prisonnier de Charles Quint à Madrid, il signe un traité de paix humiliant, puis le renie dès sa libération, arguant qu'une promesse faite sous contrainte ne l'engageait pas. Protecteur des arts et des lettres, il transforme la cour de France en centre rayonnant de la culture européenne.
Henri II (1519-1559)
Fils de François Ier, Henri II poursuit la politique de rivalité avec les Habsbourg entamée par son père, remportant notamment la reprise de Calais aux Anglais en 1558. Marié à Catherine de Médicis, il partage sa vie entre son épouse et sa favorite Diane de Poitiers. Le 30 juin 1559, lors d'un tournoi célébrant la paix du Cateau-Cambrésis, il est mortellement blessé à l'œil par un éclat de lance et meurt dix jours plus tard, plongeant la France dans une instabilité dynastique durable.
François II (1544-1560)
Fils aîné d'Henri II et de Catherine de Médicis, François II épouse dès 1558 Marie Stuart, reine d'Écosse, à qui il était fiancé depuis l'enfance. La mort accidentelle de son père le fait roi à quinze ans, mais sa santé fragile et son inexpérience laissent le pouvoir réel aux oncles de son épouse. Leur répression brutale des protestants provoque la conjuration d'Amboise en 1560. Il meurt à seize ans d'une infection généralisée, après à peine dix-sept mois de règne — l'un des plus brefs de l'histoire de France.
Charles IX (1550-1574)
Second fils d'Henri II et de Catherine de Médicis, Charles IX monte sur le trône en 1560 à dix ans, sous la tutelle durable de sa mère. Son règne est dominé par les guerres de Religion qui déchirent le royaume entre catholiques et protestants, un conflit qu'il tente d'abord d'apaiser avant que la situation ne bascule dans la violence. Il reste tristement associé au massacre de la Saint-Barthélemy du 24 août 1572, dont la part de responsabilité personnelle face à celle de son entourage catholique continue de diviser les historiens.
Henri III (1551-1589)
Troisième fils d'Henri II et de Catherine de Médicis, Henri III est d'abord élu roi de Pologne en 1573 avant de fuir précipitamment ce trône lointain, à la mort de son frère Charles IX, pour ceindre la couronne de France en 1574. Son règne, marqué par l'intensification des guerres de Religion, voit l'ascension de la Ligue catholique menée par le duc de Guise, dont la popularité finit par éclipser celle du roi.
En 1588, Henri III fait assassiner Henri de Guise au château de Blois pour reprendre la main, un geste qui précipite sa propre chute : il est assassiné à son tour l'année suivante par le moine dominicain Jacques Clément, mettant fin à la dynastie des Valois sans laisser d'héritier direct. La couronne revient à son cousin et beau-frère protestant, Henri de Navarre, qui fonde la dynastie des Bourbons.
En parcourant cette collection des Valois, c'est le basculement de la France médiévale vers la France moderne que l'on redécouvre. De la défaite de Crécy à la splendeur de Chambord, en passant par le sacre de Jeanne d'Arc et les guerres de Religion, chaque règne de cette dynastie a marqué durablement l'identité du royaume.
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