Joue avec l'Histoire de FranceCréer mon albumde la IIIe République






"De Louis-Napoléon Bonaparte à Albert Lebrun, découvre les présidents qui ont dirigé la France de 1848 à 1940..."
Entre la révolution de 1848 et l'armistice de 1940, la France change quatre fois de régime et voit se succéder quinze chefs d'État à la présidence — du prince-président qui se proclame empereur au bout d'un seul mandat, jusqu'au dernier président de la IIIe République, ce régime resté à ce jour le plus long de l'Histoire de France, avec près de soixante-dix ans d'existence.
Napoléon III (1808-1873) : L'Unique Président de la IIe République
Neveu de Napoléon Ier, Louis-Napoléon Bonaparte est élu en décembre 1848 tout premier président de la République française, à la faveur d'un scrutin où son nom pèse plus que son programme. La Constitution de la IIe République lui interdit de se représenter à l'issue de son mandat unique de quatre ans.
Plutôt que de quitter le pouvoir, il organise le coup d'État du 2 décembre 1851, dissout l'Assemblée et se fait plébisciter, avant de rétablir l'Empire à son profit un an plus tard sous le nom de Napoléon III. Son passage à la présidence reste ainsi la plus courte des exceptions : celle d'un régime républicain détourné de l'intérieur par son propre chef d'État.
Adolphe Thiers (1797-1877) : Le Fondateur de la IIIe République
Adolphe Thiers devient le premier président de la Troisième République en 1871, dans un pays traumatisé par la défaite de Sedan et l'insurrection de la Commune de Paris, qu'il fait réprimer dans le sang par les troupes versaillaises. Historien reconnu avant d'entrer en politique, il négocie aussi le traité de Francfort qui met fin à la guerre franco-prussienne, au prix de la perte de l'Alsace-Moselle.
Partisan d'une République « conservatrice » qui rassure les monarchistes encore majoritaires à l'Assemblée, il finit pourtant par se rallier ouvertement au régime républicain, provoquant sa chute dès 1873. Sa formule reste célèbre : la République serait le régime « qui nous divise le moins ».
Patrice de Mac Mahon (1808-1893) : Le Maréchal Devenu Président
Maréchal de France et duc de Magenta après sa victoire de 1859 sous Napoléon III, Patrice de Mac Mahon commande l'armée versaillaise qui réprime la Commune de Paris en 1871. Légitimiste convaincu, il est élu président en 1873 dans l'espoir d'une restauration monarchique qui ne vient jamais.
Sa crise avec le président du Conseil Jules Simon, le 16 mai 1877, l'oblige à reconnaître la prééminence du Parlement sur l'exécutif, un précédent fondateur pour la IIIe République. Il démissionne en 1879 après la victoire des républicains au Sénat — la formule qu'on lui prête, « J'y suis, j'y reste », associée à la prise de Malakoff en 1855, lui colle à la peau bien qu'il en ait contesté la paternité.
Jules Grévy (1807-1891) : L'Effacement Voulu
Avocat opposé dès 1848 à l'élection du président au suffrage universel direct, Jules Grévy préside l'Assemblée nationale puis la Chambre des députés avant d'être élu président en 1879. Son « message » du 6 février 1879 promet solennellement de ne jamais lutter contre la volonté du Parlement.
Cette doctrine efface durablement la présidence sous la IIIe République, réduite à un rôle de représentation. Il démissionne en 1887, empêtré dans le scandale des décorations que monnayait son propre gendre, Daniel Wilson — non sans avoir fait installer le téléphone au palais de l'Élysée.
Sadi Carnot (1837-1894) : Le Petit-Fils du Conventionnel
Petit-fils du conventionnel Lazare Carnot, Sadi Carnot sort major de l'École polytechnique et devient ingénieur des Ponts et Chaussées, dirigeant plusieurs chantiers en Haute-Savoie. Rallié à la Défense nationale en 1870, il est élu député républicain modéré de la Côte-d'Or, puis devient ministre des Travaux publics — se consacrant aux chemins de fer et aux voies navigables — avant d'être élu président de la République le 3 décembre 1887.
Son mandat accompagne l'enracinement de la IIIe République à travers la crise boulangiste et le scandale de Panama, tandis qu'il multiplie les voyages officiels dans les départements et inaugure l'Exposition universelle de 1889. Le 24 juin 1894, en déplacement à Lyon, il est poignardé par l'anarchiste italien Sante Geronimo Caserio ; il meurt dans la nuit et reçoit des funérailles nationales, inhumé au Panthéon le 1er juillet.
Jean Casimir-Perier (1847-1907) : Le Mandat le Plus Court
Député puis président de la Chambre, président du Conseil en 1893, Jean Casimir-Perier est élu président en juin 1894 après l'assassinat de Sadi Carnot, dans un climat tendu marqué par les débuts de l'affaire Dreyfus.
Jugeant la fonction privée de tout réel moyen d'action face au Parlement, il démissionne dès janvier 1895 — le plus court mandat de l'histoire de la présidence française. Capitaine de mobiles pendant la guerre de 1870, il avait pourtant équipé sa compagnie à ses propres frais et fut décoré pour sa conduite au combat.
Félix Faure (1841-1899) : Le Président de la Belle Époque
Riche industriel du cuir devenu député puis ministre, Félix Faure est élu président en 1895 dans une France en pleine expansion coloniale et déchirée par l'affaire Dreyfus. Il cultive un goût prononcé pour le faste et le protocole, recevant notamment le tsar Nicolas II en grande pompe pour sceller l'alliance franco-russe.
Sa présidence reste surtout associée aux circonstances de sa mort, en février 1899, terrassé par une congestion cérébrale à l'Élysée dans des conditions qui ont alimenté nombre de rumeurs et de chansons paillardes. Il meurt en pleine tourmente de l'affaire Dreyfus, quelques mois avant la grâce de l'officier accusé à tort.
Émile Loubet (1838-1929) : Le Grâcieur de Dreyfus
Avocat, maire de Montélimar puis président du Sénat, Émile Loubet est élu président en 1899 en pleine affaire Dreyfus, agressé d'un coup de canne à Auteuil la même année par un opposant à la révision du procès.
Il gracie pourtant Dreyfus dès septembre 1899 et accompagne la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 ainsi que l'Entente cordiale avec le Royaume-Uni. Il devient en 1906 le premier président de la IIIe République à achever normalement un mandat complet.
Armand Fallières (1841-1931) : Le Septennat Tranquille
Avocat puis ministre à plusieurs reprises, président du Sénat, Armand Fallières est élu président en 1906 face à Paul Doumer. Son septennat voit la formation de la Triple-Entente en 1907 et une succession de gouvernements — Clemenceau, Briand, Poincaré.
Réputé pour sa bonhomie provinciale, il marchait deux heures chaque matin dans les rues de Paris, au point d'épuiser un photographe venu le suivre en 1906. Il se retire définitivement dans sa propriété de Mézin à la fin de son mandat, en 1913.
Raymond Poincaré (1860-1934) : Poincaré-la-Guerre
Avocat et plusieurs fois ministre et président du Conseil, Raymond Poincaré est élu président de la République en 1913 dans un climat de tensions internationales croissantes. Dès août 1914, il proclame l'« Union sacrée », appelant tous les Français, quelles que soient leurs convictions, à s'unir pour la défense du pays.
Surnommé « Poincaré-la-guerre » pour son rôle durant le conflit, il quitte l'Élysée en 1920 mais revient dès 1926 comme président du Conseil pour redresser les finances publiques, stabilisant le franc à un niveau si bas qu'on parlera longtemps du « franc Poincaré ». Il se retire définitivement de la vie politique en 1929, affaibli par la maladie.
Paul Deschanel (1855-1922) : Le Président Tombé du Train
Député, président de la Chambre pendant huit ans et académicien, Paul Deschanel est élu président en 1920, en pleine confiance après des années de vie publique brillante.
Sujet à de graves troubles de santé dès le printemps 1920, il tombe d'un train présidentiel en pleine nuit — retrouvé en pyjama par des agents de la voie, ses sauveteurs ne le croient d'abord pas quand il affirme être le président de la République. Il démissionne en septembre 1920, son mandat écourté par la maladie.
Alexandre Millerand (1859-1943) : L'Autorité Contestée
Avocat venu de la gauche radicale puis socialiste, plusieurs fois ministre, Alexandre Millerand organise en 1919 le retour de l'Alsace-Lorraine avant d'être élu président en 1920. Il tente de renforcer l'autorité présidentielle et soutient ouvertement le Bloc national.
Exclu du Parti socialiste en 1904 pour avoir rejoint un gouvernement jugé « bourgeois », il soutient vingt ans plus tard les conservateurs — un revirement qui précipite sa propre chute : il est contraint de démissionner en 1924 après la victoire du Cartel des gauches.
Gaston Doumergue (1863-1937) : Gastounet
Avocat puis magistrat en Indochine, plusieurs fois ministre et président du Sénat, Gaston Doumergue est élu président en 1924. Surnommé « Gastounet » pour sa bonhomie légendaire, il rappelle Raymond Poincaré en 1926 pour redresser les finances du pays.
Il se marie discrètement à l'Élysée en juin 1931, avant de quitter le pouvoir douze jours plus tard. Rappelé comme président du Conseil après les émeutes du 6 février 1934, il démissionne en novembre de la même année, faute de soutien parlementaire.
Paul Doumer (1857-1932) : Le Président Assassiné
Né dans un milieu modeste, enseignant puis journaliste, ministre des Finances et gouverneur général de l'Indochine, Paul Doumer préside la Chambre puis le Sénat avant d'être élu président en mai 1931.
Il est assassiné le 6 mai 1932 par l'émigré russe Paul Gorgulov, lors d'une vente de livres à Paris. Il avait déjà perdu quatre de ses cinq fils à cause de la Première Guerre mondiale ; sa veuve refusera l'inhumation au Panthéon, pour qu'il repose auprès d'eux.
Albert Lebrun (1871-1950) : Le Dernier de la IIIe République
Polytechnicien, ingénieur des Mines et plusieurs fois ministre, Albert Lebrun est élu président en 1932 après l'assassinat de Paul Doumer. Il affronte le Front populaire, l'instabilité ministérielle puis l'entrée en guerre.
En juin 1940, il nomme Philippe Pétain président du Conseil sans jamais démissionner formellement — dernier président de la IIIe République. Arrêté par la Gestapo en 1943, il est déporté au château d'Itter en Autriche avant de rencontrer le général de Gaulle à la Libération.








